=) IMAGINER: Mimi Barthélémy, conteuse haïtienne (=

par Christian Lavigne, artiste et écrivain multimédia

Mimi Barthélémy est une femmes de voyages, de tous les voyages: géographiques, culturels, intérieurs. Née en Haïti, elle éprouve très tôt le goût du théâtre, mais ses études et sa vie l'éloignent d'abord de la scène. Aux côtés de son premier mari, diplomate, elle parcours le monde, et finit par se perdre un peu de vue.

En 1979-1980 au Honduras, elle se donne l'occasion de travailler avec les Indiens caraïbes noirs Garifunas pour la création d'un spectacle de réappropriation de leur mémoire. Cette expérience décisive, où elle retrouve des questionnements profonds, l'incite à entreprendre en France, à l'université Paris VIII (Saint-Denis) un doctorat sur le thème: "Théâtre de l'identité dans les minorités".

La seule théorie ne peut suffire à Mimi Barthélémy, qui est une femme d'action. Ses voyages lui permettent d'autres rencontres: celle de Rémy Bastien, ethnologue du folklore haïtien, en Colombie; celle de la culture marocaine qui fait écho à la sienne, lui renvoie une autre image que celle d'une européenne vaguement différente; celle des diasporas haïtiennes qui tentent de maintenir certaines coutumes.

Elle se passionne pour le conte, qui résume si bien l'esprit d'un pays de tradition orale. Elle veut toujours en savoir plus, étudie l'espagnol - langue importante de la Caraïbe -, travaille sa voix, le chant, la musique...

Et puis, elle décide de se mettre en scène: «devant le public, en contant, en jouant, je suis celle qui parle d'elle-même; je ne suis pas un personnage littéraire, je ne fais jamais de rôle de composition». Métisse qui doit inventer son propre métissage, Mimi Barthélémy affirme qu'elle n'est pas une conteuse traditionnelle. En effet, le conte, en Haïti, se dit en créole, et se joue et se chante (car très souvent il est chanté) la nuit, à l'occasion d'événements communautaires: baptêmes, mariages, décès, récoltes...«Le conte, c'est le moment mystérieux du passage», dit-elle.

Ce passage, humainement universel, Mimi nous le fait partager en Francophonie: les textes et récits qu'elle découvre, qu'elle sauve peut-être même de l'oubli (car les traditions se perdent aussi en Haïti comme partout ailleurs), sont transposés, non pas traduits, insiste-t-elle.

En 1989, le Festival d'Acteurs d'Evry lui décerne le Becker d'Or; en 1992, elle reçoit le Prix Arletty de l'Universalité de la Langue Française. Ses spectacles, à la fois savants et populaires, revêtent deux aspects principaux: l'affirmation d'une identité: "La cocarde d'ébène", "Soldats-Marrons", "La dernière lettre de l'amiral", "Fille d'esclave, fils de colon", "Caribana"... le conte chanté: "L'oranger magique", "La reine des poissons", "Tendez chantez l'amour", "Le vaillant chiquita"...

Seule ou accompagnée de ses musiciens, Mimi Barthélemy se produit régulièrement à travers le monde. Elle a écrit une dizaine d'ouvrages, enregistré disques et cassettes. En 1997, l'artiste a présidé le jury des contes aux 3èmes Jeux de la Francophonie à Madagascar.

En tant que comédienne, elle a récemment joué dans Mistero Buffo Caraïbe d'après Dario Fo, dans une mise en scène de Dominique Lurcel. «Mon rôle a été celui d'une femme tiraillée entre ses origines africaines et européennes, autant dire qu'il s'agit de moi-même ou de mes ancêtres!»

Prochainement on retrouvera Mimi Barthélémy sur scène aux dates et lieux suivants:

  1. 27/2/2000: Les îles animales, Centre Mandapa, Paris
  2. 7/3/2000: Tendez chantez l'amour, Aubenas
  3. 17/3/2000: Ainsi soient-elles, Train-Théâtre, Portes-lès-Valence
  4. 24/3/2000: Caribana, Rennes
  5. 25/3/2000: Ainsi soient-elles, La Halle aux Grains, Blois
  6. 31/3/2000: Les îles animales, Centre social et culturel de l'Europe, St-Quentin

contact: Compagnie TI MOUN FOU, tél: 01 46 06 58 60

crédit photo: X.